Article publié le 20 juillet 2009.
DGCCRF / Instituts de sondage : Mêmes métiers ?
Après les enquêtes depuis l’extérieur des établissements de restauration (cf. : notre circulaire titrée "le retour des boissons pilote"), l’Administration Centrale invente les enquêtes honteuses ! Voyez plutôt :
Ce lundi 20 juillet, l’administration centrale de la DGCCRF envoie les consignes suivantes à ses unités :
"En vue de l’élaboration d’un dossier de presse pour Christine Lagarde à l’occasion du premier anniversaire de la LME, il vous est demandé de faire remonter au bureau B2 un certain nombre d’informations.
1. Dans le cadre de la TN132BF, il est nécessaire de nous indiquer le taux infractionnel en terme de dépassement des nouveaux délais de paiement plafonds issus de la LME et faisant l’objet de sanctions civiles.
La mesure pourra se faire sur un échantillon de factures ou par sondages téléphoniques sous couvert d’anonymat.
La remontée des informations devra intervenir au plus tard mercredi 22 juillet à midi.
2. Il est également nécessaire de faire remonter des témoignages d’opérateurs satisfaits de la LME.
Il conviendra d’interroger des professionnels de votre région sur leur impression générale au sujet de la réforme mise en place de la LME. Si celle-ci est positive, il convient de demander s’il accepte d’être cité dans le dossier de presse de Christine Lagarde.
Ces témoignages devront porter sur :
– les délais de paiement, il est nettement préférable de cibler les demandes sur les opérateurs non concernés par un accord dérogatoire ;
– les autres mesures phares de la LME : principalement la mise en place de la négociabilité et le basculement des marges arrière vers l’avant qui en a découlé.
Les témoignages se limiteront à quelques phrases (2/3 en moyenne).
La remontée des témoignages devra intervenir au plus tard mercredi 22 juillet à midi."
Urgence et… communication.
Cette agitation statistique doit nourrir le dossier de presse de notre ministre sur l’application de la Loi LME, à l’occasion de son premier anniversaire (pas de la ministre, de la loi, faut suivre !) pour le 22 juillet midi.
Deux jours pour abonder les statistiques, c’est court. A tel point que la méthode d’enquête doit être efficace.
Des vraies enquêtes… par sondages téléphoniques…
Au-delà de l’analyse d’échantillons de factures déjà collectés, les agents peuvent aussi enquêter par sondages téléphoniques !
S’il s’agissait de mettre en avant le "développement durable", ou l’amélioration des conditions de travail propres à éviter des déplacements lointains, fatigants et coûteux (usage du véhicule de service, mobilisation des enquêteurs déjà absorbés en cette période par l’OAV chère, elle, à Hervé NOVELLI), la CGT ne trouverait rien à redire !
… sous couvert d’anonymat !
Mais cette dernière consigne est proprement scandaleuse !
La DGCCRF n’est ni un institut de sondage, ni un service de comm’ !
Confondre sondage et enquête, voilà qui augure mal de l’avenir pour notre service, aujourd’hui et plus encore demain lorsqu’il sera intégré dans les Directions Départementales Inter directionnelles.
Les futurs Directeurs des DDPP ou DDCSPP seront-ils sensibles à l’importance que revêt ce type de demande ?
Cette activité sera t elle bien comptabilisée au titre des ETPT CCRF dans le cadre de la LOLF ?
A quel programme LOLF rattacher une telle tâche ?
Des enquêtes anonymes, cela signifie que l’administration se cache pour faire son travail !
La CGT s’insurge devant la mise en place de telles méthodes de travail !
Plus fort encore….
Il est également "nécessaire" de faire remonter des témoignages d’opérateurs satisfaits de la LME
Autrement dit, ne pas signaler, voire censurer, les témoignages d’opérateurs NON satisfaits.
À ce niveau, il ne s’agit plus de communication, mais de "propagande", voire de "bidonnage" !
Soyons concrets : par téléphone, anonymement (en se faisant passer pour un institut de sondage, pour un concurrent ?), il faut que les enquêteurs trouvent des opérateurs prêts à témoigner que la LME est la meilleure des choses qui leur soit arrivée ces derniers temps.
Libre négociabilité des tarifs, basculement des marges arrière, délais de paiement raccourcis, que du bonheur pour les opérateurs économiques !
En ces temps de crise économique profonde,
– où la consommation est particulièrement atone, du fait des suppressions d’emplois et de l’augmentation exponentielle des publics en difficulté (+ de 2.000.000 de ménages en surendettement !)
– où les prix aux producteurs sont jugés par leurs organisations professionnelles insuffisants (cf. : la création des glorieuses "Brigades LME") voire mettant en péril des secteurs entiers de l’économie,
– où le rapport de force Production-distribution n’a pas changé d’un iota,
– où la baisse de la TVA des CHR apparaît peu appliquée par les professionnels, particulièrement dans les zones touristiques,
– où les prix pratiqués à l’égard des consommateurs affichent une hausse permanente,
Utiliser les compétences du service chargé de la protection économique du consommateurs à seule fin de pouvoir présenter un bilan forcément positif de la loi LME constitue une nouvelle attaque inacceptable contre la DGCCRF, et montre un mépris profond pour les missions d’intérêt général, mépris que nous devons dénoncer !
La CGT réclame donc :
- l’utilisation des effectifs de contrôles à leur mission première : la protection économique des consommateurs, et non à des fins de propagande gouvernementale
– une réaction appropriée des hiérarchies locales, refusant toute manipulation de ce genre
– le retrait de cette consigne qui ne relève pas de nos attributions
– le renforcement des effectifs de contrôle pour garantir le plein exercice des missions
Pour la communication,
Laissons la ministre recourir aux services
des professionnels des agences





